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Ces courtiers qui veulent
votre bien…
1 août 2005
Jean-François Parent, Affaires Plus
Votre courtier en valeurs mobilières est
censé vous faire gagner de l’argent. Mais il peut aussi vous en faire
perdre beaucoup. Un conseil : restez vigilant.
C’est un triste matin d’avril, au palais de justice de Montréal. Un
couple de retraités, les Markarian, tente de récupérer ses économies –
1,8 million de dollars – auprès de Marchés mondiaux CIBC, la filiale de
courtage immobilier de la Banque CIBC. Haroutioun et sa femme Alice,
arrivés à Montréal en 1962, réclament en outre 10 millions de dollars en
responsabilité. C’est la plus importante cause de ce type jamais plaidée
au Canada.
Crispé dans son veston gris, Haroutioun Markarian, le regard triste,
écoute les avocats de la CIBC expliquer au juge qu’il n’a que lui-même à
blâmer pour ses déboires. Chaque affirmation provoque un rictus sur son
visage. À défaut de pouvoir exprimer sa colère et risquer ainsi d’être
expulsé de la salle d’audience, il serre la main d’Alice, assise à ses
côtés, consternée. La retraite s’annonçait pourtant dorée pour ce couple
âgé. Mais à voir leur mine, il est évident que les derniers hivers, ils
les ont passés loin de la Floride. Ne voulant pas plaider sa cause
auprès du public, le retraité refuse de parler aux médias.
Les Markarian ne sont pas les seuls clients des grandes firmes de
courtage à avoir essuyé d’importantes pertes aux mains des conseillers
en valeurs mobilières. En 2004, au Canada, 1 276 investisseurs se sont
plaints à l’Association canadienne des courtiers en valeurs mobilières (Accovam),
l’organisme d’autoréglementation qui chapeaute l’industrie. De plus,
quelque 500 recours civils ont été intentés contre des courtiers, et une
centaine d’autres incidents, dont des plaintes au criminel, des
radiations, des enquêtes internes ou des mesures disciplinaires, ont été
recensés par l’Accovam, qui reçoit de 1 000 à 1 500 plaintes chaque
année.
Au Québec, cette association a reçu 184 plaintes et a imposé 1,2 million
de dollars d’amendes aux conseillers fautifs. Dix sanctions
disciplinaires ont été appliquées, y compris des suspensions de un à 10
ans et trois radiations définitives. Les fautes reprochées? Des
conseillers n’ont pas respecté les objectifs de placement de leurs
clients, ont effectué des transactions à leur insu ou ne les ont pas
conseillés adéquatement. Quant aux firmes, elles ont négligé de
surveiller efficacement leurs employés. Qu’il s’agisse de BMO Nesbitt
Burns, de la Financière Banque Nationale, de RBC Dominion Valeurs
Mobilières, de Valeurs mobilières Desjardins ou de Marchés mondiaux CIBC,
aucune ne peut prétendre à un parcours sans faute. Au pays, les 10 plus
importantes firmes de courtage – sur 206 en tout – détiennent 92 % du
marché. De ces firmes, sept appartiennent aux banques et une au
mouvement Desjardins.
Une relation d’affaires
La relation entre un investisseur et son conseiller en valeurs
mobilières est encadrée par la notion de conformité des ventes. Celle-ci
s’appuie sur des normes de conduite, mais aussi sur la Loi sur les
valeurs mobilières, la Loi sur la distribution des services
financiers et le Code civil. Au Québec, plus de 5 000
conseillers en valeurs mobilières de plein exercice sont enregistrés
auprès de l’Autorité des marchés financiers (AMF), le gendarme de
l’industrie financière au Québec. Ces conseillers sont autorisés à
acheter et à vendre des titres boursiers au nom de l’investisseur,
qu’ils doivent aussi guider dans ses objectifs de placement. C’est ce
qui les différencie des conseillers à escompte, qui ne font qu’exécuter
les transactions.
Dès le début de la relation d’affaires, le conseiller doit dresser le
profil d’investissement de son client et évaluer sa tolérance au risque.
«Il revient cependant à l’investisseur de s’assurer que son profil est
respecté», fait valoir Gérard Taillon, premier vice-président et
directeur général de BMO Nesbitt Burns au Québec. Il est ainsi interdit
de s’éloigner du profil d’investisseur d’un client, même si ce dernier
l’exige. Pourtant, 41% des plaintes impliquent un manquement à cette
règle. Pour modifier les objectifs de placement, il faut faire une mise
à jour du profil de l’investisseur. «Sauf que rien dans la loi n’oblige
le conseiller à faire signer la mise à jour du profil et, surtout, rien
ne l’oblige à s’assurer que son client a bien compris dans quoi il
s’embarque», déplore Serge Létourneau, du cabinet Létourneau & Gagné, de
Québec, qui plaide la cause des Markarian.
Certes, les signatures du client, du conseiller et de son supérieur sont
exigées par les institutions financières. Mais cela n’empêche pas des
mésententes qui conduisent les clients et leur courtier devant les
tribunaux. « Et même avec une signature, une tolérance modérée au risque,
ça peut vouloir dire beaucoup de choses… » relève Gérard Taillon. C’est
pourquoi on demande à l’investisseur de surveiller son portefeuille.
D’après l’Autorité des marchés financiers (AMF), l’agence québécoise de
réglementation, le nombre de plaintes pour non-respect du profil signale
un besoin flagrant d’information et d’éducation des investisseurs. «Trop
d’entre eux signent des formulaires en blanc», explique Nathalie Drouin,
directrice générale des affaires juridiques auprès de l’AMF. Selon elle,
cela explique pourquoi les investisseurs sont si vulnérables.
L’ignorance coûte cher
Le non-respect de ses objectifs, François Arcand, de Drummondville, l’a
vécu à la dure. Les pertes causées par son conseiller l’obligent à
retarder sa retraite d’une dizaine d’années. Cet homme de 47 ans est
directeur de la gestion de portefeuilles hypothécaires et immobiliers
d’une importante compagnie d’assurance au Québec. Des 150 000 dollars
que sa femme et lui ont confiés à un conseiller, il ne reste qu’à peine
40 000 dollars. À l’ouverture du compte, leurs objectifs de placement et
leur profil d’investisseur avaient débouché sur un portefeuille réparti
comme suit : 60% de fonds conservateurs, 20% de fonds modérés et 20% de
fonds audacieux. Les Arcand, qui ont un enfant, souhaitaient ainsi
prendre leur retraite à 55 ans. Mais nous sommes à la veille de l’an
2000, et la frénésie s’empare des titres technologiques. Au fil des mois,
leur conseiller vend tout pour investir dans ces actions hautement
volatiles. «Il m’appelait en pleine réunion pour me proposer l’occasion
du siècle, et se moquait de moi si j’hésitais. Je finissais par dire oui,
en me disant qu’il devait savoir ce qu’il faisait, après tout…» Jamais
on ne lui a demandé de signer une mise à jour de ses objectifs de
placement, pas plus qu’on ne lui a clairement expliqué ce à quoi il
s’exposait.
L’audace paie, et l’actif augmente à 275 000 dollars, mais le sommet
donne le vertige. «J’ai voulu me retirer et encaisser nos profits. Mais
le conseiller m’a dit que si j’étais trop frileux, je ferais mieux
d’aller voir ailleurs», soutient François Arcand. Encore une fois, il
suit les recommandations du conseiller – qu’il refuse de nommer.
Rapidement, l’éclatement de la bulle technologique fait fondre le
portefeuille. Quand François Arcand appelle pour se plaindre, le
conseiller lui reproche son incompréhension des marchés. Il reste à
peine le quart de l’investissement original. «Avoir mis tant d’énergie à
travailler comme la fourmi et se retrouver comme la cigale, c’est
diffi-cile», soupire le quadragénaire, qui avoue son impuissance devant
une telle situation. Car comment prouver qu’il s’est fait avoir,
puisqu’il travaille lui-même dans le domaine financier? Au tribunal, les
avocats de son courtier ne l’auraient pas épargné.
S’en prendre à une firme de courtage est difficile. Elles ont les poches
profondes. Un recours devant les tribunaux peut facilement coûter 25000
dollars… pour récupérer 75000 dollars. Sans compter toute l’énergie
qu’il faut investir. D’autres recours existent, cependant (voir «Floué?
Vos recours», page 16). «Les firmes de courtage refusent toute
responsabilité et mènent une guerre d’usure contre les investisseurs qui
osent se plaindre», soutient Jean-Claude Dorval, témoin-expert dans
plusieurs litiges contre des firmes de courtage. Ayant été lui-même
conseiller en valeurs pendant plus de 25 ans, il dirige maintenant
Expertise financière JC Dorval, de Québec, une firme qui compte 100
millions de dollars d’actif sous gestion. Depuis une dizaine d’années
qu’il effectue des expertises, Jean-Claude Dorval connaît mille et une
histoires d’investisseurs lésés et désespérés, dont au moins trois se
sont suicidés…
Conflit d’intérêts
L’investisseur est souvent floué par des conseillers qui ont succombé à
l’appât du gain. Ces derniers sont payés à commission, et leur salaire
dépend du volume de transactions. Ainsi, certains font des transactions
douteuses qui occasionnent des pertes. «La rémunération des conseillers
est le vice premier de l’industrie», explique Jean Gosselin. Ancien
analyste-enquêteur de la Bourse de Montréal, il témoigne à titre
d’expert dans des litiges opposant les firmes à leurs clients. Cependant,
toutes les transactions quotidiennes d’une succursale doivent être
approuvées par le directeur de celle-ci, qui vérifie si elles sont
conformes aux objectifs des clients et si ces derniers ont été avisés. «Sauf
que ce directeur est également un vendeur, payé lui aussi à commission.
Son salaire est tributaire des transactions qu’il effectue, ainsi que de
celles de ses employés», poursuit Jean Gosselin, qui témoigne pour les
firmes autant que pour leurs clients, selon les causes.
Parce que la rémunération multiplie les conflits d’intérêts potentiels,
elle soulève d’âpres débats au sein de l’industrie, rapporte Sylvain
Perreault, vice-président et chef de la conformité auprès de Valeurs
mobilières Desjardins. Selon la nature des services offerts, la
commission n’est pas justifiée dans certains cas, mais l’est dans
d’autres. «Si un courtier réalise des transactions profitables pour le
client, la commission est adéquate. S’il négocie surtout des
obligations, elle l’est moins.» Au Canada, la proportion des revenus
générés par les commissions est de 40% en moyenne. «Pour pallier ce qui
peut parfois constituer un problème, nous offrons des comptes à
honoraires», explique Gérard Taillon, premier vice-président et
directeur général de BMO Nesbitt Burns au Québec. Ainsi, quel que soit
le nombre de transactions, le prix payé reste le même. Par ailleurs,
tant BMO que VMD exercent une surveillance indépendante, exercée par des
employés salariés.
Protéger l’investisseur
En 2004, selon l’Accovam, près du tiers des firmes canadiennes
présentaient un risque élevé en regard de la conformité des ventes. Une
firme sur trois éprouve des difficultés à assurer la protection du
public. C’est pourquoi des mécanismes rigoureux de vérification de la
conformité commencent à se mettre en place, plaide Carmen Crépin, vice-présidente
de l’association pour le Québec. Elle met donc en garde contre une
interprétation trop hâtive de ces chiffres. «Cette donnée sur le risque
élevé risque de ne pas être la même l’an prochain.» Quand on lui demande
si l’Accovam a les moyens de vraiment faire son travail, Carmen Crépin
soupire. «Voici deux ans que nous demandons à tous les ministres de nous
donner des pouvoirs accrus pour que nous puissions mieux contrôler
l’industrie.»
Pour l’instant, les maisons de courtage affirment que la protection des
investisseurs est l’une de leurs priorités. Impossible, cependant, de
connaître le type ou le nombre de plaintes qu’elles reçoivent, ou les
moyens pris pour y répondre. Existe-t-il une procédure écrite de
résolution des litiges? «Je ne suis même pas certain qu’un tel manuel
existe», s’exclame Marc-André Lacaille, directeur d’une succursale de
courtage BMO. En entrevue, le vice-président de la même entreprise,
Gérard Taillon, nous assure qu’il existe une «bible» du traitement des
plaintes. «Les renseignements demandés sont de nature confidentielle»,
indique Raymond Chouinard, porte-parole de RBC Dominion Valeurs
mobilières, pour expliquer le refus de la firme d’expliquer comment elle
protège les investisseurs.
C’est notamment pour tenter de mettre fin aux transactions spéculatives
menées à l’insu des clients que l’industrie dit vouloir se mobiliser.
C’est ainsi qu’on a pu faire cesser les activités de Jean Laroche,
ancien conseiller de BMO Nesbitt Burns à Québec. L’une de ses clientes,
Colette Lebon, une retraitée de 70 ans, s’est retrouvée avec un
portefeuille à risque élevé, ce qui a occasionné des pertes de 700000
dollars. Au moins deux autres cas semblables impliquant ce conseiller,
qui a même falsifié des signatures pour couvrir des transactions
hasardeuses, sont en cours devant les tribunaux. Il a été renvoyé par
son employeur, qui a pourtant rejeté la faute des pertes sur les
clients, prétextant que ceux-ci avaient mis trop de temps à se plaindre
ou avaient négligé de consulter leurs relevés. «Ben voyons! tonne
l’avocat Serge Létourneau. Comme si des personnes âgées pouvaient
comprendre ce que des universitaires mettent souvent des heures à
déceler!» Par ailleurs, les relevés de comptes envoyés aux clients ne
sont pas réglementés et diffèrent d’une institution à l’autre.
Impossible de tout simplement connaître le rendement moyen de son
portefeuille!
«C’est ainsi que des retraités de 70 ans se retrouvent avec des
portefeuilles entièrement spéculatifs, aquis à crédit», explique Patrick
Ouellet, avocat chez Woods & Associés. Procureur dans six dossiers
impliquant la Financière Banque Nationale, il refuse de commenter les
causes qu’il plaide. Dans sa pratique, il constate que les clients
floués sont victimes de leur ignorance et, bien souvent, de celle de
leur conseiller… «Il y a quelques “cowboys”, mais on a souvent affaire à
de l’incompétence», soutient l’avocat. Il appuie son propos par
l’exemple de ce retraité à qui le conseiller a offert de transférer
toutes ses obligations dans des titres plus ou moins sûrs, sans préciser
que le transfert hors du compte REER serait imposé à 30 %. «Cela a coûté
un quart de million de dollars pour changer un revenu de retraite sûr en
placement boursier plus risqué… » Jean-Claude Dorval renchérit : «Nous
avons constaté au fil des ans un déclin généralisé dans la formation en
entreprise, l’expertise, la supervision et la surveillance des
conseillers financiers».
Trop de laxisme?
Ne pas respecter les objectifs de placement de leurs clients, négocier à
leur insu ou manquer au devoir de les conseiller adéquatement sont des
infractions disciplinaires pour lesquelles l’Accovam peut imposer des
amendes allant de 5000 à 10000 dollars, des suspensions, voire la
radiation dans les cas les plus graves ou s’il s’agit de récidives.
Pourtant, certaines firmes tardent à sanctionner leurs conseillers
fautifs. «Trop souvent, malgré un dossier disciplinaire, la firme garde
le représentant », dit l’avocat Patrick Ouellet. Au tribunal, il a
souvent l’occasion de lire la correspondance du service de conformité
informant le courtier que tel ou tel individu est dangereux, qu’il joue
avec le feu et ne négocie que pour faire des commissions. «On retrouve
souvent devant la justice des conseillers maintes fois sanctionnés dans
le passé», ajoute le gestionnaire de portefeuille Jean-Claude Dorval,
qui estime qu’un certain laxisme s’est généralisé.
C’est le cas de Bertrand Trudel, ancien conseiller auprès de la
Financière Banque Nationale de Joliette. Ayant créé des clubs de
placement regroupant des dizaines de personnes, il a même été vice-président
de succursale. Pourtant, la Bourse de Montréal lui avait imposé deux
sanctions disciplinaires dans les années 90. Par ailleurs, il a fait
l’objet de 29 poursuites devant les tribunaux civils. Le personnage est
si connu qu’il a été au centre d’un reportage de l’émission Enjeux,
en 2002, alors qu’un agriculteur, Lionel Fremeth, le poursuivait pour
6,5 millions de dollars. Le laxisme, c’est aussi ce dont a été victime
Léonard Pelletier. Dans le jugement rendu en sa faveur contre Valeurs
mobilières Desjardins, le juge déplore que «VMD [ait] laissé faire [le
conseiller] Stéphane Guillot sans aucune supervision», et accorde au
plaignant une compensation de 270000 dollars. Dans la cause Markarian,
l’Accovam remarque que le conseiller fautif, Harry Migirdic, a souvent
été sanctionné par Marchés mondiaux CIBC, qui a reçu 20 plaintes au
cours des ans contre son «vice-président, directeur et spécialiste en
retraite». Tant la FBN que la CIBC ont décliné nos demandes d’entrevue.
«Il est difficile de se débarrasser des Trudel et des Migirdic de ce
monde, car ils rapportent beaucoup», explique Sylvain Perreault, de VMD.
L’allégation selon laquelle les «gros» joueurs qui rapportent jouissent
d’une certaine impunité est donc quelquefois fondée, soutient l’ancien
employé du service de la conformité à la Bourse de Montréal. Certains
conseillers peuvent en outre continuer d’exercer dans d’autres firmes,
étant donné que les raisons d’un congédiement demeurent confidentielles.
Ainsi, il est impossible de savoir si un conseiller a fait l’objet de
sanctions disciplinaires, à moins que celles-ci n’aient été imposées par
l’Accovam. «C’est nous qui avons constaté les fautes de Jean Laroche,
qui en avons informé ses clients et qui l’avons renvoyé», se défend
cependant Gérard Taillon, de BMO Nesbitt Burns.
Il reste que les firmes disent serrer la vis. Surtout que les autorités
commencent à leur imputer les actions de leurs employés. Ainsi, BMO
vient de se voir infliger une amende de 10 millions de dollars pour
avoir négligé de surveiller l’une de ses conseillères de Calgary, contre
qui 157 plaintes ont été déposées. «Nous surveillons les gros vendeurs
de plus près; dès qu’une transaction sort de l’ordinaire, elle est
scrutée à la loupe», explique Gérard Taillon. Sylvain Perreault, de chez
VMD, renchérit: «Si je vois un conseiller s’acheter une Porsche et mener
grand train, je vais le surveiller de plus près.» Il y a consensus dans
l’industrie : fini le temps où les incompétents et les fraudeurs avaient
la vie facile. «Ce qu’il faut se demander, c’est pourquoi la conformité
n’a pas relevé les actions délictueuses», soutient Sylvain Perreault.
Pas question de seulement payer pour avoir la paix.
Certains prétendent pourtant que les firmes de courtage font exactement
ce que Ford a fait dans les années 70 avec la tristement célèbre Pinto.
Lorsqu’il fut prouvé que le réservoir à essence explosait à la suite
d’un impact, le constructeur a estimé qu’il revenait moins cher de
dédommager les victimes que de remédier au vice de fabrication. «Les
institutions font la même chose avec leurs clients», croient Jean-Claude
Dorval, qui se montre virulent à l’égard des firmes de courtage. C’est
pourquoi les firmes préfèrent laisser les clients s’empêtrer dans de
longs et coûteux procès. «Et c’est seulement quand un conseiller coûte
plus qu’il ne rapporte qu’on lui montre la porte», concluent les
procureurs de Létourneau & Gagné.
Une industrie concentrée
Près de la moitié de tous les Canadiens qui sont sur le marché du
travail investissent dans le marché des valeurs mobilières. Au cours de
la décennie 1993-2003, la valeur des investissements en bourse a plus
que doublé, passant à 660 milliards de dollars. Pour la même période, 20
% des actifs de l’investisseur moyen étaient composés d’actions;
aujourd'hui, c’est 27 %.
Parallèlement, l’industrie a explosé : les revenus ont quintuplé, tandis
que le nombre de firmes et d’employés a presque doublé depuis 15 ans. À
l’opposé, malgré l’augmentation du nombre de firmes, la concentration
est presque totale : des 10 plus grandes firmes de courtage, sept
appartiennent aux banques et une au mouvement Desjardins. Ce top 10
contrôle 92 % des actifs sous gestion (82% pour les grandes banques: RBC,
CIBC, TD, BMO, Scotia et Nationale).
Comment choisir son conseiller en placement
«Les gens mettent des semaines à négocier une hypothèque, mais ils
confient l’épargne d’une vie au premier venu», déplore Carmen Crépin, de
l’Accovam.
Le premier contact avec un conseiller en valeurs mobilières de plein
exercice devrait se faire en personne. Mieux vous vous connaîtrez,
meilleure sera la relation d’affaires. Les mots «risque» et «objectifs
de placement» doivent revenir souvent dans toutes vos discussions.
Demandez conseil aux gens en qui vous avez confiance. Posez des
questions et assurez-vous qu’on vous en pose également : à quelle
fréquence vous informera-t-on de l'évolution de votre portefeuille? Quel
genre de client serez-vous pour le conseiller, un petit ou un gros?
Quels rendements ce dernier a-t-il obtenus dans le passé? Quels
rendements vous propose-t-il selon vos besoins et vos attentes? Est-il
payé à commission ou à honoraires? Enfin, assurez-vous de la validité du
permis d’exercice du conseiller auprès de l’Accovam.
Sachez en outre vous connaître vous-même. Si vous êtes peu informé, ne
prétendez surtout pas le contraire par peur du ridicule. Un conseiller
qui ne voudra pas vous offusquer hésitera à vous contredire, et votre
profil d’investisseur, qui détermine les actions futures, sera ainsi
faussé. Attention! Seuls les gestionnaires de portefeuille sont
habilités à négocier sans votre consentement. «Et surtout, si vous ne
comprenez pas ce que vous propose le conseiller, dites non», conseille
Jean Gosselin. Et si on vous promet mers et mondes… c’est que c’est trop
beau pour être vrai. Méfiez-vous!
Floué ? Vos recours
Les recours existants permettent rarement de récupérer son argent. Seul
le Fonds d'indemnisation des services financiers, géré par l’AMF,
propose en cas de fraude des sommes pouvant aller jusqu'à 300 000
dollars. Dans le cas d’une faillite ou de l’insolvabilité de la firme de
courtage, le Fonds canadien de protection des investisseurs offre
jusqu’à 500 000 dollars.
Si l’on s’estime lésé, il faut immédiatement prendre contact avec
l’institution elle-même, qui doit informer le plaignant des recours dont
il dispose et de la personne à joindre, à laquelle il formulera sa
plainte par écrit. La maison de courtage doit aviser le plaignant des
suites qu’elle donnera à sa plainte. Si ce dernier est insatisfait du
traitement du dossier, l’AMF peut s’en saisir et proposer la médiation –
processus volontaire et gratuit – aux deux parties.
Si ces démarches échouent, l’arbitrage est possible. Offert par
l’Accovam, il permet de récupérer jusqu’à 100 000 dollars. Le service
n’est pas gratuit: entre 3000 et 4 000 dollars, plus les frais d’avocat,
le cas échéant. Une solution de rechange aux coûteux procès visant à
récupérer 150 000 dollars. Attention: il faut alors abandonner toute
procédure judiciaire.
Quoi qu’il arrive, une action vous causant du tort constitue peut-être
un manquement disciplinaire. Si le règlement proposé par la firme vous
satisfait, que cela ne vous empêche pas de déposer une plainte auprès de
l’Accovam. Vous éviterez ainsi que d’autres ne se fassent avoir par le
même individu – ou par la même procédure…
Sachez également qu’il est illégal pour un conseiller de négocier
lui-même votre indemnisation, et qu’aucun règlement ne peut vous
empêcher de porter votre cas à l’attention des instances disciplinaires
de l’Accovam.
Pour en savoir plus :
• L’Accovam vous guide dans le dépôt d’une plainte - 1 877 442-4322 ou
www.ida.ca
• L’ombudsman des services bancaires et d'investissement (OSBI) offre un
service de conciliation gratuit aux clients de toute société membre de
l’Accovam. Il peut recommander un dédommagement allant jusqu’à 350 000
dollars. - 1 888 451-4519
• Le Service d’assistance au consommateur de l’Autorité des marchés
financiers (AMF) 1 866 526-0311
|
| "CIBC
must assume responsibility for the fraud.” |
| For more
information
(click on picture) |

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